Mon cœur mis à nu

Charles Baudelaire

« S’il venait l’idée à un homme ambitieux de révolutionner d’un seul coup l’univers de la pensée, de l’opinion et du sentiment humains, il n’a qu’une opportunité à saisir, et la voie de la renommée éternelle s’étend alors devant lui – droite et claire. Il lui suffit d’écrire et de publier un très petit ouvrage ; son titre tiendrait en quelques mots ordinaires : “ Mon Cœur mis à nu ”. Mais cet opuscule devrait être fidèle à son titre.
[…] Quant à l’écrire… là est la question. Nul n’ose l’écrire. Nul n’osera jamais. Aucun homme ne pourrait l’écrire, même s’il l’osait. Le papier se flétrirait et s’embraserait au moindre contact de cette plume en enflammée. »

Edgar Allan Poe, Marginalia

Note sur l’édition

C’est en lisant les Marginalia d’Edgar Allan Poe que Charles Baudelaire relève le défi et entreprend Mon Cœur mis à nu. D’après sa volumineuse correspondance, il débute l’écriture de ce « livre de rancunes » en 1859 – deux ans après la condamnation des Fleurs du mal. C’est pour l’auteur un livre vital, qu’il n’achèvera jamais, interrompu par une mort précoce en 1867. Pourtant il en proposait la publication à l’éditeur Jules Hetzel dès 1863. Le sous-titre apocryphe Journaux intimes, généralement apposé aux différentes éditions de Mon Cœur mis à nu – auxquelles sont souvent adjoints les textes de Fusées –, perpétue un lourd malentendu. Il ne s’agit en rien de confessions ou d’aveux, encore moins d’un journal. 
« Je veux faire sentir sans cesse que je me sens comme étranger au monde et à ses cultes. 
Je tournerai contre la France entière mon réel talent d’impertinence. J’ai un besoin de vengeance comme un homme fatigué a besoin d’un bain. » Voici la teneur véritable de Mon Cœur mis à nu, ouvrage révélateur des tiraillements de Baudelaire. Ces fragments – hétérogènes et discontinus, oscillant entre cruauté, banalité et bienveillance – offrent la vision d’un poète sans doute meurtri et amer, mais d’abord celle d’un homme déterminé et certain de travailler à 
« un grand livre ». De cet ensemble de « notes » émerge pourtant l’intention d’une structure précise. Quant aux thèmes abordés, souvent récurrents, ils sont chers à l’auteur et très ancrés dans leur temps ; l’identité, l’écriture,
 le Dandy, le progrès, la religion, la politique, 
le vice, l’Humanité, la femme, la volonté, le mérite, la solitude, la consommation, etc.
Il est impossible d’imaginer l’état définitif
 de Mon Cœur mis à nu souhaité par Baudelaire : peut-être aurait-il été proche de cette édition ; sans doute aurait-il été largement remanié
 et augmenté – comme à l’habitude de l’auteur. Une chose est sûre, la forme fragmentaire est voulue : « Je peux commencer Mon Cœur mis à nu n’importe où, n’importe comment, et le continuer au jour le jour, suivant l’inspiration du jour et de la circonstance, pourvu que l’inspiration soit vive ».
La présente édition rapporte ces fragments
 au plus près de leur écriture, exempts de tout commentaire et dans l’ordre qu’Auguste Poulet-Malassis – ami et éditeur de Baudelaire – les a consignés. Les repentirs et passages biffés sont supprimés, les mots soulignés sont composés en italique – comme le suggère l’usage typographique de l’époque –, les séparateurs naturels (alinéas, sauts de ligne, filets) sont transcrits au mieux, enfin le maintien ou l’abandon des majuscules initiales est une interprétation de la graphie de l’auteur.

Revue de presse

Un bol d'air avec Baudelaire, poète incorrect

nova.fr

Je savais que Baudelaire n’aimait pas les Belges, qu’il considérait comme un peuple inférieur… Ils se sont magnifiés depuis (avec Magritte, Delvaux, Hergé, Jacobs,  Franquin…Ensor !) Mais grâce à son essai inachevé : Mon cœur mis à nu, il dévoile l’ampleur de son mépris et ses adversaires sont nommés.

« Je veux faire sentir sans cesse que je me sens comme étranger au monde et à ses cultes…»

À vous de découvrir, avec stupéfaction ou délectation, le culot et la franchise de cet immense poète. La liste de ses victimes l’enverrait au tribunal de nos jours.

Même déçu, amer et dégoûté du monde, il trouve la force de dire son opinion envers et contre tous : « je veux faire sentir sans cesse que je me sens comme étranger au monde et à ses cultes…»

Si nous voulons des poètes vrais, sensibles, épidermiques, médiumniques, alors nous devons prendre les crachats et les crises AVEC le génie. Bien d’autres grands sont cruels ou sans pitié. Il ne manquerait plus que les pirates ne passent plus à l’abordage ou que les courtisanes minaudent !

Charles Baudelaire. Mon cœur mis à nu. Éditions Nova. 90 pages. 8 euros 50. On peut se le procurer, par exemple, via le Novashop.

http://www.nova.fr/un-bol-dair-avec-baudelaire-poete-et-incorrect

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